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Le fronton du Panthéon à Paris portant l'inscription Aux grands hommes la patrie reconnaissante, avec la coupole s'élevant au-dessus de la colonnade corinthienne

Histoire du Panthéon Paris — De l'église au mausolée

Cinq changements d'identité en un seul siècle — et comment l'édifice en porte encore toutes les traces

Mis à jour en mai 2026 · Équipe conciergerie Panthéon Tickets

Rares sont les édifices en Europe à avoir changé d'identité aussi souvent que le Panthéon. Commandé par Louis XV comme église de reconnaissance à Sainte-Geneviève, achevé sous la Révolution, laïcisé par l'Assemblée nationale constituante en 1791, rendu au culte catholique sous la Restauration en 1816, re-laïcisé en 1830 par Louis-Philippe, érigé en basilique nationale par Napoléon III en 1852, puis converti définitivement en mausolée laïque par la IIIe République en 1881 — le bâtiment a été église à quatre reprises et monument laïque à trois reprises en à peine plus d'un siècle. L'architecture a tout absorbé : la croix a été ajoutée puis retirée, les inscriptions ont été modifiées puis rétablies, la crypte s'est emplie de figures tant religieuses que laïques. Ce guide retrace les cinq transitions et explique comment chacune a laissé une marque visible sur l'édifice que vous visitez aujourd'hui.

Le vœu royal et la commande — 1744 à 1790

Le Panthéon est né d'un vœu royal. En 1744, le roi Louis XV tomba gravement malade à Metz durant la guerre de Succession d'Autriche et fit vœu de remplacer, s'il guérissait, l'église médiévale délabrée de l'abbaye Sainte-Geneviève — sainte patronne de Paris — par un édifice plus grandiose. Il guérit, et en 1755 la commande fut confiée à Jacques-Germain Soufflot, architecte qui avait étudié l'Antiquité romaine à l'Académie de France à Rome et qui proposa un plan en croix grecque avec un portique corinthien colossal et une coupole à triple coque rappelant à la fois le Panthéon antique et Saint-Pierre de Rome. Les travaux débutèrent en 1758 ; la première pierre fut posée par le roi lui-même.

La conception de Soufflot était structurellement audacieuse — de minces piliers soutenant une coupole gigantesque, une portée qui nécessita des renforts durant la construction puis à nouveau au XIXe siècle — et il ne vécut pas assez pour la voir achevée. Il mourut en 1780, et le projet fut mené à terme par son élève Jean-Baptiste Rondelet, qui supervisa la fermeture de la coupole et les finitions intérieures. L'église Sainte-Geneviève était pratiquement achevée en 1790 — l'année précédant l'intervention de la Révolution. L'édifice ne remplit jamais la fonction d'église paroissiale qu'avait imaginée Louis XV ; au moment de son achèvement, l'ordre politique qui l'avait commandé avait déjà commencé à se dissoudre.

La première laïcisation — 1791

Le 4 avril 1791, l'Assemblée nationale constituante vota la conversion de l'église Sainte-Geneviève fraîchement achevée en temple de la nation — un lieu de sépulture pour les citoyens illustres de la France révolutionnaire. Cette décision fut motivée par la mort de l'homme politique et orateur Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, le 2 avril ; l'Assemblée décida de la conversion dans les quarante-huit heures suivant son décès, et Mirabeau y fut inhumé le 4 avril. La croix fut retirée du dôme, les inscriptions religieuses du fronton furent remplacées par la formule laïque Aux grands hommes la patrie reconnaissante, et l'édifice fut rebaptisé Panthéon Français.

Mirabeau fut rejoint par Voltaire en juillet 1791 (funérailles nationales avec environ 100 000 personnes en deuil) et Jean-Jacques Rousseau en octobre 1794. Mirabeau lui-même fut dé-panthéonisé en 1794 après la découverte de preuves d'une correspondance secrète avec le roi, et sa dépouille fut retirée de la crypte — la première d'une série d'exhumations qui marqueraient les décennies tumultueuses du Panthéon naissant. Lors de l'effondrement du Premier Empire en 1814, la crypte abritait quelque quarante personnalités, pour la plupart généraux et administrateurs du régime napoléonien, et l'identité politique de l'édifice était fermement liée à l'héritage révolutionnaire et impérial.

Le retour au culte et la deuxième laïcisation — 1816 et 1830

La Restauration bourbonienne eut des conséquences immédiates pour le Panthéon. En 1816, deux ans après le retour de Louis XVIII, l'édifice fut reconsacré comme église catholique et de nouveau dédié à Sainte-Geneviève. La croix fut replacée sur le dôme, l'inscription laïque du fronton supprimée (bien que la sculpture en pierre ait été préservée sous plâtre), et la plupart des personnalités inhumées sous le Premier Empire furent discrètement retirées de la crypte par les autorités royalistes — dont le mathématicien Gaspard Monge, le chimiste Claude Louis Berthollet et plusieurs généraux bonapartistes. L'édifice retrouva alors sa fonction d'église paroissiale et de lieu de pèlerinage à Sainte-Geneviève pour les quatorze années suivantes.

La Révolution de Juillet 1830 marqua la seconde laïcisation. Le roi Louis-Philippe, monarque constitutionnel orléaniste issu du compromis révolutionnaire, restitua par décret royal à l'édifice sa fonction de Panthéon et fit restaurer l'inscription laïque Aux grands hommes la patrie reconnaissante au fronton. La croix ne fut pas retirée du dôme à cette occasion — la monarchie constitutionnelle évita le symbolisme anticlérical radical — mais la vocation première de l'édifice redevint officiellement laïque. Aucune panthéonisation majeure ne fut célébrée sous la Monarchie de Juillet (1830–1848), en partie parce que le consensus politique sur la définition même d'un grand homme s'était brisé.

Napoléon III et le troisième retour au religieux — 1852

Le coup d'État de Louis-Napoléon Bonaparte en décembre 1851 et la fondation du Second Empire en 1852 entraînèrent le troisième retour du Panthéon à l'usage religieux. Par décret impérial de 1852, l'édifice fut érigé en basilique nationale et restitué à l'Église catholique pour un usage liturgique. La croix fut renforcée sur le dôme, et le pendule de Foucault — installé en mars 1851 sous la République précédente — fut retiré, le lentillon original étant transféré au Conservatoire des Arts et Métiers en 1855. L'édifice servit de basilique tout au long du Second Empire (1852–1870), bien que les seules inhumations notables de cette période concernassent deux personnalités de notoriété relativement modeste.

La chute du Second Empire en septembre 1870 et la fondation de la Troisième République n'inversèrent pas immédiatement le statut de 1852. La Commune de Paris de 1871 retira brièvement la croix du dôme et y planta un drapeau rouge, mais la croix fut restaurée après la répression de la Commune. Le statut de basilique perdura sous la jeune République pendant une décennie supplémentaire, malgré un climat politique de plus en plus favorable à une lecture laïque de l'identité nationale. Le moment décisif ne résulta pas d'un programme politique, mais d'un décès.

Victor Hugo et la laïcisation définitive — 1881 à 1885

Le 26 mai 1885, Victor Hugo s'éteignit. La Troisième République refusait d'inhumer sa plus illustre figure littéraire dans une basilique catholique et, en quelques jours, l'Assemblée nationale vota la reconversion définitive du Panthéon en mausolée laïque. La conversion formalisait en réalité un décret que la République avait déjà adopté en 1881 — la laïcisation avait été promulguée quatre ans plus tôt, mais aucune panthéonisation n'avait encore eu lieu sous cette nouvelle affectation. Les funérailles d'Hugo, le 1er juin 1885, rassemblèrent environ deux millions de personnes tout au long du cortège, de l'Arc de Triomphe au Panthéon, et sont généralement considérées comme les funérailles nationales françaises les plus imposantes du XIXe siècle. Hugo fut la première inhumation sous l'affectation définitive de la République ; l'identité laïque du monument s'est maintenue sans interruption depuis lors.

L'édifice que les visiteurs découvrent aujourd'hui porte encore les traces de ces cinq transitions. La croix fut définitivement retirée du dôme en 1885, bien que l'iconographie cruciforme de l'intérieur — figures bibliques dans les fresques du dôme par Antoine-Jean Gros, inscriptions religieuses dans plusieurs chapelles latérales — ait été préservée comme témoignage historique plutôt que détruite. Le fronton porte l'inscription laïque de 1791 Aux grands hommes la patrie reconnaissante, mise au jour et retaillée après la conversion de 1885. La crypte abrite à la fois des consécrations religieuses antérieures à 1791 et des inhumations laïques postérieures à 1885, et les chapelles aux extrémités est et ouest conservent la logique spatiale catholique du projet originel de Soufflot, même si elles ne sont plus utilisées liturgiquement. Le Panthéon est, en ce sens, les deux édifices à la fois — l'église catholique promise par Louis XV en 1744 et le mausolée laïque choisi par la Troisième République en 1885.

Questions fréquentes

Qui a commandé le Panthéon et pourquoi ?

Le roi Louis XV, en accomplissement d'un vœu formulé en 1744 lors d'une grave maladie à Metz. Il promit de remplacer l'église médiévale délabrée de l'abbaye Sainte-Geneviève — patronne de Paris — par un édifice plus majestueux s'il recouvrait la santé. La commande fut confiée à Jacques-Germain Soufflot en 1755.

Qui a conçu le Panthéon ?

Jacques-Germain Soufflot, architecte formé à l'Antiquité romaine à l'Académie de France à Rome. Il décède en 1780 avant l'achèvement de l'édifice. Son élève Jean-Baptiste Rondelet achève la coupole et termine l'aménagement intérieur ; les travaux sont pratiquement terminés en 1790.

Quand le Panthéon est-il devenu un mausolée laïque ?

Pour la première fois le 4 avril 1791, par vote de l'Assemblée nationale constituante. Cette affectation fut inversée en 1816, rétablie en 1830, de nouveau inversée en 1852, puis rendue définitive en 1881 par décret de la Troisième République. L'inhumation de Victor Hugo en 1885 fut la première sous l'affectation permanente.

Combien de fois le Panthéon a-t-il alterné entre édifice religieux et laïque ?

Cinq fois en un peu plus d'un siècle : laïcisé en 1791, rendu au culte en 1816, laïcisé en 1830, rendu au culte en 1852, laïcisé définitivement en 1881. L'édifice a ainsi servi d'église à quatre reprises et de monument laïque à trois reprises au cours de son histoire.

La croix au sommet de la coupole a-t-elle été ajoutée puis retirée ?

Oui — à plusieurs reprises. Elle fut retirée lors de la première laïcisation en 1791, restaurée en 1816, maintenue en 1830, brièvement retirée par la Commune de Paris en 1871, restaurée après la Commune, puis définitivement retirée après la laïcisation de 1881. Aucune croix ne surmonte la coupole depuis 1885.

Qui fut la première personnalité inhumée au Panthéon ?

Honoré Gabriel Riqueti, comte de Mirabeau, le 4 avril 1791 — le jour même où l'Assemblée nationale constituante vota la transformation de l'église en temple de la Nation. Mirabeau fut dé-panthéonisé en 1794 après la découverte de sa correspondance secrète avec le roi. Voltaire suivit en juillet 1791.

Des personnalités ont-elles déjà été retirées de la crypte ?

Oui. La Restauration des Bourbons ordonna en 1816 le retrait de la plupart des personnalités inhumées sous le Premier Empire, notamment le mathématicien Gaspard Monge, le chimiste Claude Louis Berthollet et plusieurs généraux bonapartistes. Mirabeau avait déjà été exhumé en 1794. Monge fut réinhumé sous la Troisième République.

Qui a peint les fresques de la coupole ?

Antoine-Jean Gros a peint l'intérieur de la coupole entre 1811 et 1834, sur le thème de L'Apothéose de sainte Geneviève. Ces fresques, commandées sous le Premier Empire puis modifiées au gré des changements de régime, ont été conservées comme témoignage historique après la laïcisation de 1885 plutôt que d'être retirées.

Pourquoi Victor Hugo a-t-il été inhumé au Panthéon ?

Sa disparition le 26 mai 1885 incita la Troisième République à officialiser le statut laïc de l'édifice — la désignation légale avait été promulguée en 1881, mais aucune panthéonisation n'avait encore eu lieu sous cette nouvelle identité. Hugo fut la première inhumation sous la désignation permanente. Ses funérailles attirèrent environ deux millions de personnes en deuil.

Quels vestiges du passé religieux demeurent visibles à l'intérieur ?

Les fresques de la coupole par Gros représentent L'Apothéose de sainte Geneviève, plusieurs chapelles latérales conservent des inscriptions catholiques, et la logique spatiale du plan en croix grecque reflète le projet ecclésiastique originel de Soufflot. Le fronton porte l'inscription laïque de 1791 Aux grands hommes la patrie reconnaissante, restaurée après la conversion de 1885.