Qui repose au Panthéon de Paris
Voltaire, Hugo, Curie, Veil — un guide des quatre-vingts figures honorées dans la crypte de la Nation
Le Panthéon fut achevé en 1790 en tant qu'église Sainte-Geneviève, puis transformé l'année suivante en monument laïc lorsque l'Assemblée nationale constituante décida d'en faire une nécropole destinée aux grands hommes de la nation. Deux siècles et demi plus tard, la crypte abrite les dépouilles ou cénotaphes d'environ quatre-vingts personnalités — philosophes, écrivains, savants, généraux, résistants et hommes d'État. Ce guide vous permettra d'identifier les figures les plus visitées, de localiser leurs sépultures dans la crypte et de comprendre la portée des inhumations les plus récentes.
Les philosophes des Lumières — Voltaire et Rousseau
Les deux premiers hommes inhumés au Panthéon ont fixé le ton politique de l'ensemble du monument. Voltaire y fut transféré en juillet 1791, lors d'un cortège funèbre national qui rassembla quelque 100 000 Parisiens dans les rues de la capitale ; son cercueil fut placé face à l'entrée de la crypte, dans la travée qui lui avait été réservée par décret. Jean-Jacques Rousseau le rejoignit en octobre 1794, après que la Convention eut voté son inhumation aux côtés de son rival philosophique ; les deux tombeaux se font face de part et d'autre du corridor central de la crypte, et cette juxtaposition symbolique du philosophe sceptique et du philosophe romantique demeure depuis lors la clé de voûte de l'identité intellectuelle du Panthéon.
Les deux sépultures consistent en de simples cercueils de bois posés sur des socles, chacun accompagné d'une sculpture — pour Voltaire, le Génie de la France allégorique par Houdon ; pour Rousseau, une main émergeant du cercueil et brandissant un flambeau, symbole de l'influence révolutionnaire du Contrat social éclairant encore la postérité. Les visiteurs s'attardent généralement davantage devant le tombeau de Voltaire, la statue de Houdon étant une œuvre sculptée de premier ordre ; celui de Rousseau est conceptuellement le plus saisissant. Les deux tombeaux se situent à l'extrémité occidentale du corridor central dès l'entrée dans la crypte ; vous ne pouvez les manquer.
Les écrivains — Hugo, Zola, Dumas, Malraux
Victor Hugo fut inhumé en juin 1885, moins de 24 heures après sa mort, lors de ce qui demeure les funérailles nationales françaises les plus grandioses du XIXe siècle. Environ deux millions de personnes s'alignèrent sur le parcours de l'Arc de Triomphe au Panthéon — à une époque où Paris comptait quelque 2,4 millions d'habitants. Le tombeau de Hugo se trouve dans le corridor immédiatement à droite en descendant dans la crypte ; il partage la chambre avec Émile Zola, transféré en 1908 en reconnaissance de son rôle dans l'affaire Dreyfus, et Alexandre Dumas père, transféré en 2002 lors d'une cérémonie au cours de laquelle la Garde républicaine escorta le cercueil depuis Villers-Cotterêts jusqu'à Paris.
De l'autre côté de la crypte, dans la chambre consacrée aux intellectuels du milieu du XXe siècle, repose André Malraux — romancier, théoricien de l'art et plus long ministre de la Culture de Charles de Gaulle. Son transfert au Panthéon en 1996, vingt ans après sa mort, fut autorisé par le Président Jacques Chirac et demeure controversé dans certains milieux, Malraux ayant lui-même souhaité une sépulture simple. Le tombeau est dépouillé, conformément à cette volonté, et contraste visiblement avec les monuments du XIXe siècle plus élaborés qui jalonnent le même corridor.
Les savants — les Curie, Berthelot, Monge
Pierre et Marie Curie furent transférés au Panthéon en 1995 — Marie devenant ainsi la première femme inhumée dans l'édifice pour ses propres mérites (un précédent transfert, celui de Sophie Berthelot en 1907, avait été effectué en qualité d'épouse du chimiste Marcellin Berthelot, aux côtés de ce dernier). Les Curie partagent une chambre à l'extrémité orientale de la crypte ; leur sépulture commune figure parmi les plus visitées du monument en raison de la portée contemporaine des deux prix Nobel de Marie et de la contribution de la famille aux recherches pionnières sur la radioactivité. Le tombeau est muni d'un petit blindage de plomb car la dépouille de Marie présente encore une légère radioactivité, bien en deçà toutefois de tout seuil sanitaire.
Le Panthéon abrite également d'autres figures scientifiques majeures, dont le mathématicien Gaspard Monge (inhumé en 1818, retiré en 1815 sous la Restauration, réinhumé sous la Troisième République), le chimiste Marcellin Berthelot (1907) aux côtés de son épouse Sophie, et le juriste René Cassin (1987), dont les travaux sur la Déclaration universelle des droits de l'homme lui valurent le prix Nobel de la paix en 1968. Ce pôle scientifique occupe le quadrant sud-est de la crypte et constitue la section la plus rénovée de l'édifice, avec des panneaux d'information en français et en anglais ajoutés lors de la campagne de réaménagement de 2013.
La chambre de la Résistance et des droits de l'homme — Moulin, Veil, Schoelcher, Manouchian
Jean Moulin, figure centrale de l'organisation de la Résistance française, fut transféré au Panthéon en 1964 lors d'une cérémonie au cours de laquelle André Malraux, ministre de la Culture de Charles de Gaulle, prononça l'un des discours les plus célèbres de l'éloquence publique française moderne. Le tombeau de Moulin se trouve au centre de la chambre consacrée aux personnalités politiques et militaires du XXe siècle, entouré des sépultures de résistants parmi lesquels Pierre Brossolette et Geneviève de Gaulle-Anthonioz (inhumée en 2015) ainsi que Germaine Tillion (également en 2015) — première fois que quatre figures de la Résistance étaient panthéonisées simultanément.
Simone Veil, rescapée de la Shoah et artisan de la loi de 1975 légalisant l'interruption volontaire de grossesse en France, fut inhumée en 2018 aux côtés de son époux Antoine Veil. Son entrée au Panthéon compte parmi les panthéonisations les plus célébrées de l'histoire récente française, et cette chambre est depuis devenue un lieu de recueillement collectif. Les plus récentes admissions, à la mi-2026, incluent Joséphine Baker (transférée en 2021 — cénotaphe uniquement, sa dépouille étant demeurée à Monaco à la demande de sa famille) et Missak et Mélinée Manouchian (transférés en 2024) — ces résistants arméno-français dont le groupe fut exécuté par les nazis en 1944.
Comment fonctionne le processus de panthéonisation
L'entrée d'une personnalité au Panthéon ne peut résulter d'une simple demande familiale ou institutionnelle. Le processus requiert un décret formel du Président de la République française, ordinairement après une campagne de pétitions publiques, un débat parlementaire et une recommandation du Centre des monuments nationaux. Le décret précise si la dépouille sera effectivement transférée (cas le plus fréquent) ou si un cénotaphe sera érigé (utilisé lorsque la famille refuse le transfert, comme pour Joséphine Baker). La cérémonie de transfert elle-même obéit à un protocole immuable : le cercueil est escorté par la Garde Républicaine, drapé du tricolore, porté en haut des marches vers la place du Panthéon, puis descendu dans la crypte durant un discours solennel du Président.
L'affectation d'une chambre est décidée en amont par les équipes architecturales et curatoriales du Panthéon et validée par le ministère de la Culture. Les visiteurs remarqueront parfois que certains tombeaux occupent des alcôves privées tandis que d'autres se trouvent dans des galeries principales ; cet emplacement ne reflète aucune hiérarchie mais correspond à l'ordre chronologique d'inhumation et à l'espace disponible au moment du transfert. La crypte du Panthéon n'est pas saturée — des places demeurent disponibles — mais le processus politique nécessaire à l'autorisation de chaque transfert est suffisamment exigeant pour que les décennies récentes comptent en moyenne une à deux panthéonisations par mandat présidentiel.
Questions fréquentes
Qui repose au Panthéon de Paris ?
Environ quatre-vingts personnalités sont honorées dans la crypte, parmi lesquelles Voltaire, Rousseau, Victor Hugo, Émile Zola, Alexandre Dumas, Marie et Pierre Curie, André Malraux, Jean Moulin, Simone Veil, et plus récemment Missak et Mélinée Manouchian (inhumés en 2024).
Qui fut la première personnalité inhumée au Panthéon ?
Voltaire, en juillet 1791, immédiatement après la conversion de l'édifice — ancienne église Sainte-Geneviève — en monument national laïc.
Marie Curie repose-t-elle au Panthéon ?
Oui — elle et son époux Pierre y ont été transférés en 1995. Marie fut la première femme inhumée dans l'édifice au titre de ses propres mérites ; Sophie Berthelot y était entrée en 1907 aux côtés de son mari Marcellin Berthelot.
Victor Hugo repose-t-il au Panthéon ?
Oui. Hugo s'est éteint en mai 1885 et fut inhumé au Panthéon le mois suivant, lors de ce qui demeure les funérailles nationales les plus imposantes du XIXᵉ siècle français. Il partage sa crypte avec Émile Zola et Alexandre Dumas.
Qui décide de l'entrée au Panthéon ?
Un décret officiel du Président de la République française, généralement après pétition publique et débat parlementaire. Le Centre des monuments nationaux formule une recommandation patrimoniale ; le ministère de la Culture valide l'emplacement.
Combien de personnalités reposent au Panthéon ?
Environ quatre-vingts personnalités, bien que le décompte exact varie selon que l'on considère les cénotaphes (comme celui de Joséphine Baker) et les sépultures communes (comme celle des Curie) comme une ou deux inhumations.
Qui sont les derniers panthéonisés ?
Missak et Mélinée Manouchian, résistants franco-arméniens, sont entrés au Panthéon en 2024. Simone Veil et son époux Antoine y ont été inhumés en 2018. Le cénotaphe de Joséphine Baker a été installé en 2021 — sa dépouille est restée à Monaco à la demande de sa famille.
La crypte est-elle accessible aux visiteurs ?
Oui, la crypte fait partie intégrante de la visite du Panthéon et est incluse dans chaque billet. Des panneaux d'information en français et en anglais identifient chaque tombeau. La crypte est accessible aux personnes à mobilité réduite par ascenseur depuis la nef principale.
Qui est la seule personne à avoir été retirée du Panthéon ?
Plusieurs personnalités inhumées sous le Premier Empire (1804-1814) ont été retirées lors de la Restauration en 1815, bien que la plupart aient été réinhumées sous la Troisième République. Le cas le plus célèbre est celui du mathématicien Gaspard Monge, retiré en 1815 et de nouveau transféré au Panthéon sous la République.
Napoléon est-il enterré au Panthéon ?
Non. Napoléon Bonaparte repose sous le Dôme des Invalides, sur la Rive Gauche, et non au Panthéon. Les figures militaires du vingtième siècle honorées au Panthéon sont principalement des chefs de la Résistance plutôt que des personnalités bonapartistes ou impériales.